3. Reflexions

Un modèle économique à établir

Troisième volet d’une série d’article intitulée « Une redéfinition du métier de journaliste ». Aujourd’hui, Léa Baron se penche sur la vaste question du modèle économique du webdocumentaire.

1. Une économie à établir

Il n’y a pas de modèle économique établi en termes de rémunération d’auteur mais, par contre, il y a bien une spécificité française en matière de financement. Trois types de production existent en France : le CNC (Centre national de la cinématographie) ou la SCAM (Société civile des auteurs multimédia) qui apportent une aide publique, les chaînes de télévision publiques comme Arte, France 5 et France 24 et, enfin, les maisons de production parmi lesquelles Capa, Upian, Honkytonk, Narratives, Ligne 4, Sapiens sapiens et Hans Lucas. L’atout majeur de la production française est indéniablement l’implication du CNC qui a créé en 2007 une commission des nouveaux médias. Il a soutenu 87 projets de tous genres, pour un montant global de 3,5 millions d’euros. Seul équivalent du CNC à l’étranger : l’Office national du film canadien. Sans ces subventions du CNC, la production de webdocumentaires ne serait sûrement pas aussi développée en France.

Un exemple avec Prison Valley dont le budget total est de 230 000 euros, soit plus que certains documentaires classiques en télévision. Le CNC a apporté une première aide à l’écriture pour les auteurs de 19 500 euros, puis 90 000 euros. Soit 20 000 euros de plus que Arte dont la contribution s’élève à 70 000 euros. Le reste, soit 110 500 euros, est financé par Upian. Une semaine avant la sortie de Prison Valley, Alexandre Brachet devait encore trouver 50 000 euros. Une forte prise de risques pour cette maison de production qui a beaucoup misé sur ce webdoc. Pour s’y retrouver, un livre va être édité par Upian, Arte et le réalisateur. Au mois de mai, une exposition photo aura lieu au de sein la galerie de la maison de production et enfin une sortie DVD est prévue. Un support rentable économiquement pour le producteur.

Ces maisons de production travaillent très souvent avec des chaînes, habituées aux coûts d’un documentaire, elles semblent mieux préparées pour investir dans ces nouveaux objets dédiés à leurs propres sites. Les webdocumentaires sont donc souvent le fruit de coproductions entre le CNC, une chaîne de télévision et un producteur indépendant. C’est le cas pour Prison Valley (Arte et Upian), Portraits d’un nouveau monde une série de 24 webdocs (France 5 et Narratives).

Les chaînes de télévision coproduisent et diffusent à la fois comme Arte qui ne reçoit que des propositions extérieures, étudiées au cours de réunions une fois par mois d’un comité de sélection regroupant des lecteurs et des équipes d’Arte TV. C’est au cours de cette réunion qu’un projet est accepté ou non par la chaîne et qu’il est décidé s’il nécessite une aide à l’écriture ou une aide à la production. Cependant, David Carzon, rédacteur en chef d’Arte TV, insiste sur le fait que

« les producteurs ont vocation à gagner de l’argent avec mais pas Arte en tant que chaîne de service public. Nous dépensons de l’argent de la manière la plus intelligente possible. »

Lemonde.fr, seul site Internet de journal à diffuser (Voyage au bout du charbon), produire (Le Corps incarcéré, Le Corps handicapé) et coproduire des webdocumentaires. Le journal s’est imposé dans ce nouveau paysage multimédia grâce à ses compétences acquises en web depuis dix ans et parce que cela répond à sa démarche éditoriale. Dans le cas d’une production « maison », les choix sont déterminés par le pôle projet du monde.fr. Les moyens techniques et éditoriaux du monde.fr sont alors mobilisés. Le coût d’un webdocumentaire est évalué entre 30 000 et 60 000 euros, représentant le temps de travail des équipes du pôle web sur le webdoc. Pour les diffusions, Boris Razon, responsable du pôle projet, reçoit les propositions qui peuvent être des partenariats comme actuellement celui avec SFR pour Homo Numericus de Samuel Bollendorff. Les acteurs économiques sont là et très actifs mais reste à trouver un modèle économique pour les auteurs. Louis Villers de linterview.fr évoque un système de vente de webdocs à la manière de la musique ou des applications iPhone. La rémunération des journalistes évoluera donc peut-être avec son support.

2. Festivals et prix

Trouver des financements deviendra certainement plus facile à mesure que cette création hybride se fera connaître du public et des professionnels en étant plus visible et davantage reconnue. Outre une croissance de l’audience, cette reconnaissance passera aussi par les prix décernés lors de festivals qui récompensent des contenus multimédias diffusés sur le web. Ce fut le cas de Gaza/Sderot : la vie malgré tout récompensé par le Prix Europa à Berlin en 2008 et nominé aux Emmy Awards. Une résonance et une visibilité qui sont favorables au développement des webdocumentaires, comme le constate Alexandre Brachet, d’Upian :

« Sur Gaza, on a eu un écho national et international et des débats sur Internet. C’est désormais dans les usages des internautes français qui sont friands de ce type de médias avec leur liberté de ton et de traitement. »
Cependant, les webdocumentaires tels que nous les avons définis dans ce mémoire, concourent souvent dans des catégories avec d’autres contenus multimédias bien différents. Ainsi, le Festival des 4 écrans, qui se déroule en novembre à Paris, décerne-t-il un prix du webfilm. Une terminologie vague qui peut recouvrir des contenus documentaires comme fictionnels. Alors que les webdocumentaires L’Obésité est-elle une fatalité ? de Samuel Bollendorff et Le Corps incarcéré du monde.fr étaient en lice, c’est la webfiction britannique Living with the infidels qui a remporté le premier prix même si le second prix a été remis au webdocumentaire franco-américain Camera War.
Ce constat est le même pour le premier prix du webdocumentaire France 24-RFI décerné l’année dernière au Corps incarcéré du monde.fr lors du 21e Festival de Visa pour l’image à Perpignan. Cette distinction vise à « récompenser le meilleur webdocumentaire qui se distinguera par le choix et le traitement original d’un sujet d’actualité et l’utilisation des nouveaux outils multimédias qu’offre le web ». Toutefois, dans la même catégorie, se côtoyaient des diaporamas sonores comme The place we live de Jonas Bendiksen (Magnum Photos) ou La Maraude des sans abris de Matthieu Mondolini et Pierre France (DNA) et des contenus beaucoup plus interactifs tels que Bearing witness : five years of the Iraq war de l’agence Reuters. Ainsi, les festivals qui visent à reconnaître les webdocumentaires révèlent le flou qui entoure ce nouveau genre d’écriture sans définition arrêtée.

3. Un genre qui va s’adapter à l’actualité

De plus en plus, les agences de presse s’intéressent aux webdocumentaires beaucoup plus développés dans les agences anglo-saxonnes comme Reuters.

« Nous sommes déjà producteurs d’images fixes et animées, le webdocumentaire est une nouvelle façon de les mettre en valeur. Internet représente la perspective d’un grand essor pour l’information »,

explique Ayperi Karabuda Ecer, responsable du département Images et graphisme à l’agence Reuters News.
En France, les médias commencent également à s’y intéresser. C’est le cas de France 24. La chaîne d’information internationale a publié en janvier le webdocumentaire Afghanistan, avec le 3e RIMa en Kapisa de ses deux envoyés spéciaux Lucas Menget et Johan Bodin. France 24 pense à davantage développer sur son site Internet ce type d’information multimédia.

« Tout le défi est de trouver, au sein de nos organisations traditionnelles, les moyens de réaliser ces projets aux écritures encore très expérimentales », expliquait au Festival Visa pour l’Image de Perpignan, Vincent Giret, directeur chargé du multimédia à France 24. L’équipe web de la chaîne vise à réaliser des webdocumentaires en 24 ou 48 heures sur des sujets d’actualité chaude. Une véritable organisation et une économie est à trouver au sein de rédactions quand on sait que la réalisation d’un webdocumentaire prend en général un an. Il serait donc légitime de se demander si ces rédactions d’information en continu ne visent pas plutôt à faire du webreportage que du webdocumentaire.

Lien :

le modèle économique du webdocumentaire  :


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2 Comments

  1. Les tweets qui mentionnent Un modèle économique à établir | WEBDOCU.fr, webdocumentaires et nouvelles formes de reportage -- Topsy.comoct 28, 2010 at 15 h 42 min

    [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Photo-Twitt, Alexis Sarini. Alexis Sarini a dit: #webdocumentaire un modèle économique à établir http://minu.me/37g9 un nouvel article de léa baron [...]

  2. Un modèle économique à établir | Online RELoct 29, 2010 at 16 h 47 min

    [...] reading here: Un modèle économique à établirWEBDOCU.fr, webdocumentaires et nouvelles formes de reportage Webdocumentaire et nouvelles formes de [...]

Boris Razon présente The End etc.

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