3. Reflexions

Premières difficultés

Etre confronté au refus d'un policier d'être pris en photo se résout en prenant la photo et en repartant l'air tranquille, en faisant mine de rien.

Tenter de suivre les cours d’eau à vélo n’est pas qu’un long fleuve tranquille. Surtout pour rouler la bicyclette au milieu des conflits d’Eurasie. Ceux qui malmènent la ligne droite Srebrenica – Hiroshima.

Ils veulent juste savoir

Mes premiers pas pour enquêter sur les escarmouches ensanglantées de la mer Noire, et la police se mêle à l’affaire. Une première fois à Arcadia. Dans les allées de la cité-discothèque d’Odessa. Quand une casquette bleu foncé bien planquée pour interpeller les hommes pris par l’envie d’uriner dans les renfoncements du complexe nocturne entre en scène. Le collègue tour-mondiste à vélo venu pour découvrir les longilignes blondes à talons se fait prendre. Le gardien de la paix des fourrés l’interpelle. Une mise en scène policière et quelques dollars ukrainiens s’ensuivent. Une fin de soirée sur des airs saccadés de tubes du Top 50 ukrainien met l’affaire au panier.

Dans les bureaux de l’administration centrale, un agent des services de l’État enquête. Il me sait avec un député du parti Russian Bloc à Sébastopol. Les oreilles de Kiev dans sa péninsule de Crimée ont ouï-dire. L’acteur du conflit en face duquel je déjeune reçoit leur appel. Et, dans un restaurant au milieu de la garrigue entourant le cimetière et mémorial des soldats de la Seconde guerre mondiale, les interrogations s’invitent à table. « Ils veulent juste savoir », répond-t-il au problème du degré de surveillance des journalistes par le gouvernement ukrainien. Le cours de mes recherches est repéré. Un présage quant aux difficultés pour dissimuler l’enquête de Paroles de conflits sous la casquette du tourisme à vélo. En Ukraine ou ailleurs.

L’alternative du A.P.P.C.A.Q.D.P.S

La mer Noire traversée et une équipe bien garnie des douanes géorgiennes fait des siennes. Comment faire pour laisser partir du cargo un cycliste bien chargé sans le faire monter dans le bus des passagers à pieds? Plusieurs coups de portable donnés par l’apparent chef des douaniers, quelques interrogations par des hommes en uniforme et quelques coups d’oeil au chargement prennent du temps. Et rallongent la donne sur la rampe de descente du Greifswald, ce cargo construit en ex-RDA aux dernières années de la Perestroïka.

Au milieu des montées verdies des montagnes du Caucase, les pourcentages des dénivelés pimentent la traversée. Et chatouillent des jambes à l’assaut d’une embarcation à pédales de 50 kilos. La bicyclette – qui a pour seul gros désavantage d’offrir des vitesses de vélo du Tour de France avec une plus petite vitesse pas si facile à supporter – se fait remarquer. Et montre les dents. L’alternative du A.P.P.C.A.Q.D.P.S (A pieds en poussant le chargement alterné par quelques douloureux passages en selle) doit être mise en place. L’objectif ? Déjouer les entrelacements du réseau routier géorgien. Rencontrer les déplacés de guerres en Géorgie passe par l’épreuve sportive de la route.

Course-poursuite à Tachkent

Le passage du poste des hommes armés de Tbilissi surveillant la zone de démarcation inscrit l’épreuve du Garder le naturel et tenter la dissimulation au cahier des charges. L’adrénaline accompagnant la virée au plus près des lignes du territoire contrôlé par la milice ossète appuyée par Moscou sollicite les esprits. La bataille du Ne pas être empêché de rencontrer les habitants des quatre villages enclavés – un ensemble de quelques centaines de maisons et mémoires convalescentes d’un affrontement armé éclair – doit profiter à Paroles de conflits. Pour interroger des victimes vivant dans des maisons aux façades ensanglantées par les impacts de balles. Pour remettre au présent un passé endeuillé de deux ans.

Enrouler l’asphalte richement posé par la petite république pétrolifère d’Azerbaïdjan un mois de juillet ajoute au périple le défi des traversées au cœur des champs de chaleur. Les bouteilles d’eau écoulées par les alimentations générales de route calment la tendance du degré Celsius imposé. Le Rarement en dessous de 40°C un midi bien tapé pour emblème. Un symbole refroidi par les climatiseurs de Bakou la capitale. Ceux-là même qui s’attèlent à geler la forme et rappellent l’aléa santé des angines, grelottements ou mal de crâne. La formule « forcer la nature en poussant des jambes courbaturées à s’agiter pour pédaler », dans le désert de Mangghystau, est abandonnée. Une halte nécessaire pour des kilomètres encore à rouler et des affrontements encore à observer. Au plus près. Même ceux auxquels je ne m’attendais pas pour un sous.

Des sous, c’est sans doute d’eux dont il est question dans cette bagarre de rue dans l’avenue Navoy de Tashkent. Parce que, au milieu des artères de la capitale d’Ouzbékistan, les minutes de négociation propres au bazar de la ville sont loin d’être observées. Cris d’abord, bousculades ensuite et empoignades musclées montrent la violence en action. La victime? Une cinquantenaire sur son pallier en terre assaillie d’une claque puis d’une pierre par une trentenaire bien en chair. Et filmer l’action avec son téléphone cellulaire peut aussi valoir quelques déboires. Celui d’avoir à courir en marche arrière pour filer sans recevoir sur la tête la pierre cossue envoyée par l’assaillant. Celui d’avoir à accélérer la cadence en courant avec des claquettes pour ne pas me faire rattraper par une voiture à mes trousses. Celui d’avoir à rentrer incognito dans un salon de coiffure pour changer quelque peu les apparences. Un solution d’urgence pour retrouver un visage dégarni à la volée. Une issue de secours pour ne pas compromettre les portraits de Paroles de conflits.

Raphaël Beaugrand

Pour plus de photos:
http://www.facebook.com/parolesdeconflits

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2 Comments

  1. ClaliTom-onlinesept 22, 2010 at 1 h 42 min

    beaucoup appris

  2. Mykola Vsept 24, 2010 at 17 h 52 min

    where is your film?

Boris Razon présente The End etc.

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